La relance commence… avec l'industrie automobile
- VW
- 27 mai 2020
- 3 min de lecture
https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/aides-a-l-achat-primes-a-la-conversion-discussions-avec-renault-ce-qu-il-faut-retenir-du-plan-de-huit-milliards-d-euros-pour-la-filiere-automobile-devoile-par-emmanuel-macron_3982023.html
https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/26/primes-aides-et-relocalisations-ce-que-contient-le-plan-automobile_6040835_3234.html
S’il est bien un secteur dans lequel la question environnementale est centrale, c’est assurément celui de l’automobile. Le Président Macron ayant présenté le plan de relance de la filière hier, nous pouvons vérifier si les promesses faites par lui et le Ministre de l’économie et des finances Bruno Lemaire, nous assurant une reprise et une croissance « vertes » sont traduites dans les actes.
Premier constat : le traitement médiatique de ces annonces est largement plus centré sur les primes à l’achat de voitures électriques et à la conversion que sur les impacts écologiques et sociaux promis. Si le renouvellement du parc automobile français a certes vocation à le rendre plus propre, les primes promises ont avant tout pour objectif d’écouler le stock accumulé pendant le confinement. La preuve en est que la prime à la conversion, étendue quant aux véhicules à remplacer et aux ménages concernés, est limitée aux 200 000 premiers véhicules vendus : liquidation des stocks, tout doit disparaître ! Y-compris les véhicules thermiques…
Quant au bonus écologique réservé aux véhicules électriques (les hybrides rechargeables en bénéficieront aussi dans une certaine mesure) il est accordé dans la limite d’un plafond, qui n’est d’ailleurs pas nouveau : le bonus est plein jusqu’à 45 000 € et disparaît pour les véhicules dont le prix est supérieur à 60 000 €. Je comprends que le bonus écologique n’est pas trop mal pensé, en ce qu’il ne favoriserait pas les voitures, certes électriques, mais énormes et grandes consommatrices d’énergie. En effet, l’électrique c’est bon pour la planète car une voiture électrique n’émet pas de gaz à effet de serre quand elle roule. Les choses sont toutefois malheureusement plus complexes… Pour freiner le changement climatique, il faut aussi que la production de la voiture n’émette pas non plus de CO2 et que l’électricité employée soit aussi produite de manière décarbonée. Je vous renvoie au documentaire « Planet of the humans » déjà commenté ici. La conclusion est logique et simple : il faut produire moins, et consommer moins d’énergie. Une question se pose alors : pourra-t-on acheter grâce au bonus écologique cette aberration environnementale qu’est un SUV électrique ? Réponse : de marque allemande, non, de marque française, oui. On vous a dit : relance !
Au passage quelques chiffres éclairants sur la taille et la puissance des voitures :
"Tu l'as vue, ma grosse bagnole ?" sur https://www.franceculture.fr/emissions/la-transition/tu-las-vue-ma-grosse-bagnole via @radiofrance
Certes, il faut empêcher les conséquences sociales dramatiques de la crise en sauvant les emplois et donc les entreprises. On nous a promis que l’aide aux entreprises ne serait pas, comme en 2008, inconditionnelle. Alors oui, on relocalise (enfin on demande aux entreprises de promettre qu’elles relocaliseront), Renault se voit imposer d’intégrer l’alliance européenne des batteries pour éviter d’importer des batteries chinoises (sage décision en prévision d’un prochain boycott ;)…) et on tient compte des coûts environnementaux et sociaux de production puisque, à en croire l’article du Monde, une charte de bonne conduite et d’engagement avec leurs équipementiers s’impose aux constructeurs pour ne pas exiger des prix forçant les sous-traitants à délocaliser. Cette charte n’est à ma connaissance pas publique (est-elle déjà écrite ?) mais lorsqu’on ajoute dans la désignation d’une charte qu’elle constitue un engagement, c’est que l’on ne se fait pas d’illusion sur sa force contraignante…
L’Etat promet aussi d’investir dans la transformation de l’industrie automobile « y-compris écologique » en aidant particulièrement les petits acteurs du secteur. Produire mieux, peut-être, mais où est l’objectif de produire moins ? La voiture individuelle ne doit plus être aussi centrale dans nos déplacements, et je ne vois rien dans ce plan de relance qui suggère un changement de modèle…
le bridage de la vitesse me plait comme idee davantage que la limitation de la vitesse qui reste une norme aléatoirement respectee et surtout dévoyée par les pouvoirs publics qui en ont fait une variable d'ajustement budgetaire
Tout à fait, d'autant plus que de telles normes existent déjà sur les cycles (ex.: bridage de la puissance des motos). De la même manière que tous les équipements qui sont imposés (à raison) tels que l'ABS, l'ESP, les airbags, les feux de positions, et tant d'autres au nom de la sécurité, nous pourrions très bien normaliser le poids des véhicules, les puissances des moteurs ou mettre en place le bridage de la vitesse de pointe. Et enfin accepter, pourquoi pas, une nouvelle baisse des limitations de vitesse sur nos routes.
Je trouve qu'il faudrait imposer des normes environnementales quant au poids et à la puissance des véhicules. J'ai bien conscience qu'une telle mesure pourrait être perçue comme liberticide mais après tout le marché est déjà régulé pour des motifs de santé publique ou de sécurité. À mon sens la sauvegarde de l'environnement est assurément un motif d'intérêt général justifiant des restrictions à la liberté du commerce. Nous n'avons pas le temps d'attendre que tous les consommateurs se détournent d'eux mêmes de ce type de voitures, et ce serait encore une fois, pour les décideurs publics, ne pas faire face à leur responsabilités.
Voici ce que j'ai recueillir suite à l'écoute du podcast "Tu l'as vue, ma grosse bagnole ?" (de toute évidence, un sujet qui me tient à coeur...)
Voici le résultat d'une étude très complète sur le sujet, par Aurélien Bigo, doctorant et ingénieur en géologie puis diplômé d'un master en économie de l'environnement :
https://twitter.com/AurelienBigo/status/1263779553975074817
En résumé :
Evolution 1960-2017 des voitures neuves en France :
Poids +62 %
Puissance +192 %
Vitesse max +43 %
Largeur +14 %
Longueur +3 %
Hauteur +21 %
Dans le même temps, le taux de remplissage moyen est passé de 2,3 personnes par véhicule en 1960 à 1,6 aujourd’hui.
On constate donc que la stratégie gouvernementale n'est pas pilotée par le bon…