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Après La République en marche, la République à l'arrêt...

Photo du rédacteur: jamesjames

Lettre à Monsieur le Président de la République (1ère partie)


Monsieur le Président,


Nous sommes aujourd'hui le mardi 25 mai 2020 et je ne vous cache pas mon étonnement qui ressemble à s'y méprendre à de la déception, devant votre silence, que je ne comprends pas tant la situation sociale, sanitaire, économique et politique du pays est inquiétante.

Je me suis attelé à relire vos trois discours des 12 mars, 16 mars et 13 avril 2020 avant de me permettre cette missive.

Dans votre dernière prise de parole, vous indiquiez que vous viendriez nous parler de "cet après", vous nous en aviez d'ailleurs laissé entrevoir les contours grâce à un superbe teasing.

Je vous cite : " Le moment que nous vivons est un ébranlement intime et collectif. Sachons le vivre comme tel. Il nous rappelle que nous sommes vulnérables, nous l’avions sans doute oublié. Ne cherchons pas tout de suite à y trouver la confirmation de ce en quoi nous avions toujours cru. Non. Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier"

"ll nous faudra rebâtir notre économie plus forte afin de produire et redonner plein espoir à nos salariés, nos entrepreneurs, garder notre indépendance financière. Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe. Cela passera par un plan massif pour notre santé, notre recherche, nos aînés, entre autres."

Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. “Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.”

" Nous devons aujourd’hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe. Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seuls peuvent permettre de faire face aux crises à venir."


Dans votre premier discours, vous disiez ceci : "Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai."


Monsieur le Président, je n'ignore pas que prendre des décisions de rupture et se réinventer demandent du temps et de la réflexion. Je pensais néanmoins que les grandes directions esquissées dans vos différents discours pourraient se concrétiser assez facilement tant vos paroles respiraient volontarisme et conviction.

Je me sais fortement impatient mais cela fait plus d'un mois que j'attends vos annonces pour un nouveau modèle de développement.

Je dois néanmoins reconnaître que vous avez tenu parole sur le plan européen en réussissant à rallier l'Allemagne à l'idée de dette mutualisée ("Pour ce qui me concerne, je tâcherai de porter en Europe notre voix afin d’avoir plus d’unité et de solidarité").

Grâce à votre abnégation, la BCE pourrait débloquer 500 milliards d'euros pour les états de l'Union, dont la part française pourrait être éventuellement affectée à l'hôpital...

Mais pour le reste, Monsieur le Président, que doit penser le simple citoyen que je suis, lorsqu'il constate que:

- ce jour 17 députés originellement apparentés LREM ont créé à l'Assemblée un nouveau groupe, au nom évocateur de "Ecologie Démocratie Solidarité"...

- le 15 mai, soit il y a quatre jours, dix économistes parmi les plus néo-libéraux que compte le pays, ont été invités en grande pompe à l'Elysée, pour un déjeuner autour du thème " Penser les conséquences économiques et sociales de la crise". Bizarrement, je n'ai vu le nom d'aucun "économiste atterré" (http://www.atterres.org/page/manifeste-d%C3%A9conomistes-atterr%C3%A9s), je n'ai pas remarqué Thomas Piketty sur la liste des invités et je n'ai aperçu aucun défenseur d'un modèle économique alternatif, qui pourtant occupent une place importante dans les médias depuis des mois.

- des plans de restructuration des hôpitaux se poursuivent actuellement dans certains sites comme Nancy ou Saint-Etienne pendant que les primes annoncées aux soignants ne seront pas versées avant l'été

- depuis quatre ans, les quatre principales banques de notre pays ont investi pas moins de 215 milliards de dollars dans les énergies fossiles (https://www.environnement-magazine.fr/energie/article/2020/03/18/128366/35-banques-mondiales-ont-finance-les-energies-fossiles-hauteur-700-milliards-dollars-depuis-2016) malgré les accords de Paris et leurs engagements en matière de politiques restrictives de financement de ces énergies

- début décembre 2019, la France n’a pas envoyé son ambassadeur pour l’environnement à l’Assemblée des Etats parties à la Cour Pénale Internationale, où il était pourtant invité par les républiques du Vanuatu et des Maldives, deux états insulaires, menacés par la montée les eaux du fait du réchauffement. La France devait appuyer leur demande de reconnaissance du crime d’écocide puisque vous même, Monsieur le Président, aviez prononcé un discours mémorable devant la 72eAssemblée générale des Nations unies avec cette fameuse tirade "Make our planet great again", aviez qualifié d’écocide les feux en Amazonie avant de reconnaître le 10 janvier de cette année, devant la Convention citoyenne pour le climat, la nécessité de légiférer à l’international sur le crime d’écocide

- au nom de l'urgence sanitaire et en vertu d'ordonnances prises dans ce cadre, certains magistrats ont prolongé automatiquement la détention provisoire de prévenus sans débat contradictoire préalable faisant fi des droits élémentaires de la défense et de la Constitution qui fait de l'autorité judiciaire la gardienne des libertés individuelles


Monsieur le Président, sachant votre temps précieux, j'en arrête là avec la litanie de mes observations, mais comprenez mon désarroi et ma perplexité.

A l'heure où le nombre de personnes fréquentant les banques alimentaires ont augmenté de 30% en deux mois pendant que les députés de votre mouvement méprisent publiquement la tribune pour un monde plus juste et plus éco-responsable de votre ancien ministre de l'environnement, Nicolas Hulot, je ne sais plus quoi rétorquer à ceux qui voient dans vos annonces politiques, de simples éléments de langage..

Malgré l'urgence climatique, écologique, sanitaire, sociale, vous ne nous montrez aucun chemin vers le nouveau modèle que vous nous avez annoncé.

Aucun signe de ces lendemains meilleurs promis par vous, aucune décision de rupture pour conforter nombre d'entre nous qui voulons assurer le futur des générations prochaines.

Pourtant, il suffirait d'un geste pour entretenir l'espoir...regardez le chef de l'exécutif italien Giuseppe Conte qui vient de publier un décret prévoyant un investissement massif de 3, 25 millards d'euros dans son système de santé, joignant ainsi les actes aux paroles.


Les mauvaises langues disent que vous prenez votre temps afin de faire coïncider vos annonces avec l'éviction du Premier Ministre et la constitution d'un nouveau gouvernement pour mettre en oeuvre le changement.

Dois-je les croire ? Dois-je comprendre qu'à l'instar de nombre de vos prédécesseurs, vous préparez votre réélection pour 2022 ?

Dois-je comprendre que si 26 députés ont quitté votre mouvement depuis trois ans et que 17 d'entre eux ont nommé leur groupe "écologie démocratie et solidarité", c'est précisément parce que ces trois dimensions ont disparu de votre mode de gouvernance, parce qu'elles appartiennent simplement à un champ lexical utilisé par vos conseillers en communication pour verdir et rougir la couleur de vos discours ?


Monsieur le Président, j'ai voté pour vous en 2017 afin de faire obstacle au parti de la haine, du rejet de l'autre mais aussi pour récompenser quelque part votre audace et votre volontarisme. Vous avez quelque peu fissuré ce gros bloc du pouvoir en France constitué par les éléphants politiques de l'ancien PS et de l'ancien RPR/UMP.

Vous avez promu/promis l'idée d'une société civile totalement associée à la prise de décision publique et moteur de la République en marche.

J'ai voulu y croire un peu... pourtant notre République est aujourd'hui à l'arrêt, engoncée dans le carcans de la crise sanitaire, sonnée par la révolte des gilets jaunes et par les grèves contre la réforme suspendue des retraites, menacée par une crise sociale gigantesque et une sécheresse estivale, le tout dans une atmosphère super carbonée qui devient irrespirable.


Monsieur le Président, s'il vous plaît, tenez votre promesse et parlez nous de ce nouveau modèle qui sort des sentiers battus et des idéologies périmées. Vite, je vous en conjure, ça urge !

En plus, sachez que de notre côté on a tenu la promesse que vous avez prise pour nous le 12 mars : je vous cite " je compte sur nous tous pour inventer dans cette période de nouvelles solidarités"

Lisez ce blog et vous verrez que nous construisons pas à pas les bases d'un système solidaire pour une société plus juste et respectueuse de la planète.

Je vous laisse et viendrai prochainement vous entretenir des notions d'inégalité méritocratique et de désobéissance civile.


Respectueusement,


James



 
 
 

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